En quête des passions

Extraits de Cantates de Montéclair, Clérambault, Courbois & Lefebvre
Extraits du Traité des Passions de l’âme de René Descartes et de sa correspondance avec Elisabeth, princesse de Bohème

Eva Zaïcik mezzo-soprano

Léna Rondé metteuse en scène et comédienne

Théotime Langlois de Swarte violon

Sophie de Bardonnèche violon

Agnès Boissonnot-Guilbault viole de gambe

Justin Taylor clavecin et orgue

CNSM, mercredi 9 janvier 2019


J’avais déjà entendu en juin dernier quelques éléments de ce programme, magnifiquement servis à Écouen par Eva Zaïcik et Le Consort, lors d’une soirée où j’étais tombé sous le charme de la cantate de Lefebvre, Andromède.

Hier, même artistes, mais le programme était quelque peu différent ; seule la cantate de Clérambault Léandre et Héro était donnée dans son intégralité et des extraits de cantates de Courbois, Lefebvre, Montéclair et Clérambault étaient mis en écho avec des extraits du Traité des Passions de l’âme de Descartes, si bien qu’il s’agissait plus en vérité d’un spectacle mis en scène, qu’un concert ordinaire. Car, de surcroît, Léna Rondé, qui lisait les textes de Descartes en prononciation restituée, avait choisi de placer sur scène une table d’écriture couverte de livres, aux côtés d’une loupe articulée, un miroir en pied et un escabeau de bois à deux gradins. Avec ce peu d’accessoires, L. Rondé parvient à animer la scène de manière variée, sans jamais que cela paraisse gratuit ou maladroit. En fait, le spectacle se déroule selon les évocations successives des « passions primitives » (amour, tristesse, haine, colère, etc.), chacune entrant ensuite en écho avec un extrait de cantate, qui thématise ou illustre cette passion, avant qu’un autre texte, ensuite, ne vienne tirer les conséquence de la situation fictionnelle évoquée par la cantate, en exposant une autre passion, effet de la précédente. Tout cela était réalisé avec une finesse remarquable, constituant à la fois un exposé de la théorie des passions selon Descartes qu’un récit permettant l’illustration de ces différentes passions. La scène était éclairée à la bougie, nimbant les costumes et la carnation de Rondé et Zaïcik de suaves teintes ambrés, faisant palpiter les chairs et les tissus.

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Le travail accompli par Eva Zaïcik pour ce spectacle est vraiment époustouflant : elle chante en prononciation restituée (plus ou moins école Green) tout en développant une gestuelle rhétorique baroque, avec une virtuosité et un engagement franchement saisissants. À ce point, on peut tout à fait parler de chant chorégraphié. La voix, par ailleurs, est d’un velouté savoureux, qui ne trouve que quelques petites duretés dans l’aigu. On pourrait lui reprocher une diction qui manque souvent un peu d’implications déclamatoires, mais tout est par ailleurs d’une telle maîtrise, que ce serait vainement chipoter. La variété et la puissance de l’expression émerveillent au fil de toutes ces passions (un peu moins dans la colère, qui reste vocalement très « maîtrisée », mais c’est sûrement volontaire). 

Les instrumentistes du Consort étaient encore plus impliqués et passionnés qu’à Écouen : leur jeu HIP, en plus d’être impeccablement dominé, est éloquent, varié en textures et en couleurs. J’espère qu’ils trouveront où pouvoir re-présenter ce merveilleux bijou, car c’était d’une finition, d’une maîtrise et d’une émotion absolument bluffantes, et, franchement, je n’exagère rien !

Clément Mariage

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